IA & Industrie Pharmaceutique : sortir de la réaction pour entrer dans l’ère de la prédiction

IA & industrie pharmaceutique

Décryptage de l’intervention de M. Aymen Chakhari sur Express FM

L’intelligence artificielle est omniprésente dans les discours. Pourtant, dans les environnements industriels, et en particulier dans l’industrie pharmaceutique, la réalité opérationnelle reste encore largement en décalage avec cette promesse.

Lors de son intervention sur Express FM, M. Aymen Chakhari met en lumière un constat sans détour : malgré les initiatives et les investissements, une grande partie des organisations industrielles évolue encore dans une logique réactive, loin des standards de l’industrie 4.0 réellement pilotée par la donnée.

Ce décalage ne vient pas d’un manque de technologie. Il révèle plutôt une problématique plus structurelle : l’absence de maîtrise du cycle de vie de la donnée industrielle.

La donnée industrielle : un actif sous-exploité

Dans la plupart des environnements industriels modernes, les infrastructures sont déjà largement instrumentées. Capteurs, automates, systèmes de supervision, caméras industrielles… Les sources de données sont omniprésentes.
Mais cette abondance cache un paradoxe :
ces données existent, mais elles ne sont ni structurées, ni corrélées, ni valorisées.
Autrement dit, l’entreprise collecte sans exploiter.
Chez Focus, nous observons très souvent le même pattern :

  • absence de gouvernance data
  • silos entre IT et métiers
  • données non historisées ou difficilement exploitables
  • aucun modèle d’usage orienté décision


Ce manque de maturité data empêche toute logique prédictive. L’organisation reste alors enfermée dans une posture de réaction : on constate un incident, puis on agit. L’IA, dans ce contexte, ne peut pas délivrer de valeur.

Là où l’IA transforme réellement la performance industrielle

Contrairement aux idées reçues, les cas d’usage à fort impact ne sont pas nécessairement les plus complexes. Ce sont ceux qui s’intègrent directement dans les flux opérationnels existants et qui adressent des points de friction concrets. L’un des leviers les plus immédiats concerne la maintenance. En corrélant les données issues des équipements, il devient possible d’anticiper les défaillances avant qu’elles ne se produisent. Ce passage du correctif au prédictif modifie profondément la structure des coûts et la disponibilité des actifs industriels. Un autre terrain d’impact, souvent sous-estimé, est celui de l’efficacité énergétique. Dans des environnements comme les cimenteries ou les industries à forte intensité thermique, l’IA permet d’ajuster en temps réel les paramètres de production en fonction de variables multiples — qualité des intrants, conditions climatiques, historique de performance. Les gains peuvent atteindre des niveaux significatifs, avec des optimisations mesurées jusqu’à 15 % sur certaines consommations.
Enfin, l’automatisation des tâches répétitives reste un levier structurant. Il ne s’agit pas de remplacer l’humain, mais de repositionner les compétences là où elles créent réellement de la valeur. L’IA prend en charge les tâches routinières, standardisées, laissant aux équipes la capacité de se concentrer sur l’analyse, l’amélioration continue et la prise de décision.

L’IA n’est pas un projet IT, c’est une transformation transverse

Un des points clés évoqués lors de l’intervention, et que nous retrouvons systématiquement sur le terrain, est que l’IA ne peut pas être portée uniquement par la DSI. Les projets qui aboutissent sont ceux où l’ensemble de la chaîne de valeur est aligné :
  • les métiers, qui portent les enjeux opérationnels et le budget
  • l’IT, qui assure l’intégration et la robustesse des systèmes
  • la fonction data, qui structure et gouverne les flux d’information
Sans cet alignement, les initiatives restent au stade de POC isolés, sans passage à l’échelle.

Une approche pragmatique : du use case à l’industrialisation

L’expérience montre qu’il est contre-productif de chercher à “faire de l’IA” de manière globale. L’approche la plus efficace reste incrémentale.
Elle commence toujours par une phase d’identification des points de friction : où se situent les pertes ? Les inefficiences ? les coûts non maîtrisés ?
À partir de là, une roadmap est construite, non pas sur la base de la technologie, mais sur le potentiel de création de valeur.
Les premiers cas d’usage sont ensuite traités en mode MVP (Minimum Viable Product), avec un objectif clair : démontrer rapidement un impact mesurable. Ce n’est qu’après validation que l’industrialisation intervient.
Cette logique de “quick wins pilotés par la valeur” est aujourd’hui la seule qui permet d’ancrer durablement l’IA dans les opérations.

Industrie pharmaceutique : une transformation à double enjeu

Si cette logique s’applique à l’ensemble de l’industrie, elle prend une dimension particulière dans le secteur pharmaceutique. Ici, les enjeux dépassent largement la performance opérationnelle. Ils touchent directement à la sécurité des patients, à la conformité réglementaire et à la protection de la propriété intellectuelle. Mais c’est aussi l’un des secteurs où l’impact de l’IA est le plus profond. Sur la chaîne de valeur pharmaceutique, plusieurs ruptures sont déjà à l’œuvre :
  • accélération de la découverte de molécules
  • optimisation des essais cliniques
  • exploitation des données en conditions réelles (real-world data)
  • amélioration des stratégies de mise sur le marché
L’exemple évoqué lors de l’intervention est particulièrement révélateur : l’utilisation de modèles avancés pour explorer des milliards de combinaisons moléculaires et identifier de nouvelles pistes thérapeutiques. Ce type de capacité dépasse largement les approches traditionnelles et ouvre la voie à une accélération sans précédent de l’innovation.

Le positionnement de Focus : de l’infrastructure à la valeur métier

Dans ce contexte, la différenciation ne se fait plus uniquement sur la capacité technologique. Elle repose sur la capacité à orchestrer l’ensemble de la chaîne de valeur. C’est précisément sur ce point que Focus se positionne. Notre approche consiste à articuler trois dimensions de manière cohérente : la compréhension métier et la construction de cas d’usage à fort impact ,la mise en place d’infrastructures “AI-ready” (cloud, GPU, data platforms sécurisées) enfin le développement et l’industrialisation de solutions adaptées aux environnements clients.
Cette approche end-to-end permet de réduire le temps entre l’idée et la mise en production, tout en sécurisant les investissements.

Un enjeu stratégique pour les industriels tunisiens

Le constat est clair : le potentiel est là, les technologies sont disponibles, mais la maturité reste hétérogène.
Les entreprises qui réussiront ne seront pas nécessairement celles qui investissent le plus, mais celles qui sauront structurer leur démarche :

  • maîtriser leur patrimoine data
  • cibler des cas d’usage pertinents
  • avancer de manière progressive et mesurée


L’IA n’est pas une fin en soi. C’est un levier. Et comme tout levier, sa valeur dépend de la manière dont il est utilisé.

Évaluer pour mieux avancer

Avant de lancer des initiatives, une étape reste essentielle : comprendre son point de départ. C’est dans cette logique que Focus propose un AI Maturity Assessment, permettant d’évaluer de manière structurée :
  • le niveau de préparation de l’organisation
  • les gaps critiques
  • les opportunités à court terme
L’objectif n’est pas de produire un score, mais de donner une lecture claire et actionnable de la trajectoire à suivre.
Lancez votre AI Maturity Assessment et identifiez vos premiers leviers de création de valeur